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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/253

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PIERRE DE NOLHAC.


C’est un asile sûr où nul bruit ne descend.
Aucun cri de grillon, aucun battement d’ailes.
Des hauteurs du ciel clair, seules les hirondelles
Au fond de l’entonnoir pourraient voir en passant.

Et quand le soir décline, et que la nuit épanche
Son urne de parfums au fond du puits dormant,
L’étoile à son zénith regarde fixement,
Pendant que sur le bord la lune aussi se penche.


*
*       *


Un jour fut, où le feu sortait en tourbillons
Du cratère éventrant la montagne ébranlée ;
La lave descendait de la cime brûlée,
Creusant sur son chemin de lumineux sillons.

Elle engloutissait tout dans sa houle sauvage :
Les serpents se tordaient surpris sous le couvert ;
La forêt, pétillant comme un brin de bois vert,
Disparaissait au gré du fleuve sans rivage.

Le ciel faisait pleuvoir la cendre et le granit.
La fuite et la terreur au loin gagnaient la terre.
Aux cris des animaux, au fracas du tonnerre,
Les détonations se mêlaient dans la nuit...

Tout s’est tu. Pour toujours la nature calmée
A clos le gouffre antique où bouillait le torrent ;
La nuit, mordant le sol de son feu dévorant,
On ne voit plus jaillir la coulée enflammée ;