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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/231

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EUGÈNE LE MOUËL.


LA VEUVE


I




La mer est endormie, et le vent a semé,
Par les champs, des bleuets, des thyms et des lavandes ;
Sur la falaise il fait un beau soleil de mai,
Il fait un beau soleil de mai le long des landes !

Dans l’air, la brise est douce et faite seulement
Pour emporter aux flots les senteurs de la rive,
Tandis que les oiseaux s’envolent lourdement
Des rocs à fleur de grève où la marée arrive.

Oh ! le beau temps !... le beau soleil !... Entendez-vous
Tout au loin, par delà le sable qui scintille,
La bombarde qui chante avec les binious ?
C’est si loin qu’on dirait un enfant qui babille !

C’est la noce qui vient, la noce de Névo,
Marin dont l’âme est bonne et dont la tête est haute ;
Il épouse Marie, — et ce n’est pas nouveau,
Car déjà tout petits ils péchaient côte à côte.

Mari-Naïk est grande, et ses cheveux sont noirs ;
L’air a bruni le sang qui colore ses lèvres ;
Elle est naïve encore, et s’endort tous les soirs
Sans crainte des langueurs et sans souci des fièvres !

Vous les verrez passer ! Ils ont le front joyeux,
Ayant au fond du cœur la grande paix des grèves ;
Vous les verrez ! Ils ont la franchise des yeux,
Et, la main dans la main, ils font les mêmes rêves !