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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/230

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Les baissons ont des nids, et les fosses, des fraises...
On déniche les œufs, on remplit les paniers
Pour les petites sœurs, qui vont être bien aises
Ce soir, sur le gazon, à l’ombre des pommiers,
De regarder les œufs et de manger les fraises.

Les vaches vont rentrer, les bonnes vaches rousses,
Lentement, faisant peur aux canards étourneaux,
Avec le cou tendu, broutant les jeunes pousses,
Et frottant leur museau rose sur les rameaux
Quand elles vont rentrer, les bonnes vaches rousses !

Les garçons de la ferme, étendus dans la paille,
Le chapeau sur les yeux, siffleront un refrain,
Et le chat, accroupi sur un pan de muraille,
Guettera les oiseaux qui picorent du grain
Près des garçons de ferme étendus dans la paille.

Comme ils vont bien dormir sous les rideaux à fraises,
Les petits paysans et leurs petites sœurs !
Et pendant que le chien rôdera sous les chaises,
Ils vont rêver qu’ils sont près des pommiers en fleurs,
Qu’ils dénichent des œufs et qu’ils mangent des fraises.

C’est ainsi tous les jours ! On court après les poules ..
On cueille des bleuets et des coquelicots...
On va sur les versants rouler comme des boules...
À force de chanter on lasse les échos,
Et sous les plants ombreux on court après les poules !

Qu’ils dénichent des nids et qu’ils mangent des fraises,
Et qu’ils soient bien heureux, les petits paysans !
Ici-bas, il en est beaucoup qui seraient aises
De s’arracher un jour à la torpeur des ans,
Pour dénicher des nids et pour manger des fraises !


(Feuilles au Vent)