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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/23

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PAUL BOURGET.



TRÈS VIEUX VERS





Les petites fleurs du fossé,
Renoncules et marguerites,
Ont des sourires du passé
Et de vieux airs de choses dites.

Tous les chemins où j’ai goûté
Mes heures tranquilles et douces,
Où j’ai souffert, où j’ai douté,
Avaient de ces fleurs dans leurs mousses.

Chacune est liée à mon cœur,
La plus fraîche et la plus vulgaire,
Comme le rire d’une sœur,
Comme le regard d’une mère.

Je les cueille par les chemins
Quand viennent les jours de septembre,
Et je les porte à pleines mains
Dans les coins obscurs de ma chambre.

Leur gerbe aux reflets attristés,
Par de muettes harmonies,
Me fait songer aux vieux étés,
À toutes les choses finies.

Marguerites et boutons d’or,
Je me dis qu’après tant d’années
L’homme n’a pas appris encor
À rajeunir les fleurs fanées.