Ouvrir le menu principal

Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/228

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
208
ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Un brume ténue ondoie au ciel vermeil :
Et l’air a charrié l’ivresse des vendanges,
Dedaignant les coins d’ombre et le demi-sommeil,
Gars et filles, bras nus, travaillent au soleil ;
Et les sarments qui font aux ceps de fines franges
Pour les flammes d’hiver sèchent devant les granges !

Les charrettes le soir s’en reviennent aux granges,
Et des rires joyeux montent dans l’air vermeil ;
Les mèches de cheveux éparpillent leurs franges
Jusqu’aux lèvres où luit le sang clair des vendanges.
À l’horizon pourpré décline le soleil,
Plus d’une va rêver d’amour dans son sommeil.

La terre va dormir le fécondant sommeil,
Comme on s’embrassera sur la paille des granges !
Dans l’acre rallumé par l’exil du soleil,
Sur les landiers de fer rira le feu vermeil ;
Et le vin fermenté des dernières vendanges
Au bord des brocs mettra sa dentelle de franges.

Loin des cirques, des clowns et des robes à franges,
Et du Paris fêteur qu’abhorre le sommeil,
Que la campagne est belle aux fêtes des vendanges,
Quand les épis et les raisins comblent les granges,
Et que les bois ont pris un chatoiement vermeil
Sous les rayons calmés que verse le soleil !

Le soleil du nuage ensanglante les franges.
Ton front vermeil est las de rêve et de sommeil,
Dans les granges allons voir les fruits des vendanges.