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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/220

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


« Savants, musicien, peintres, sculpteurs, poètes,
Qu’est-ce que votre ardent génie est devenu ?
Vous n’avez rien pensé, rien trouvé, rien connu,
Puissque tout est détruit des œuvres jadis faites ! »

Et je parlais ainsi dans la nuit, éperdu,
Fouillant avidement l’obscurité profonde
Et demandant le mot de son énigme au monde.
— Mais dans le ciel désert rien ne m’a répondu.


(Pâques-fleuries)





LA FILLE DU TINTORET




Quand la Tintoretta fut morte, resté seul
Devant elle, il alla soulever son linceul,
Puis, comprimant un cœur que la souffrance obsède ,
Et le père appelant alors l’artiste à l’aide,
Il prit son chevalet, sa toile, son pinceau,
L’arrangea dans son lit comme dans un berceau,
Et, ployant sa douleur à cette œuvre sacrée,
Fit le dernier portrait de sa fille expirée.
Tout le jour, retrouvant sa force et son savoir,
Il travailla, farouche, obstiné, sans rien voir
Que le modèle à suivre et que la pose à rendre,
Et quand, le lendemain, à l’aube, on vint la prendre
Et clouer pour toujours au cercueil son beau corps,
Las du travail, à bout de torture et d’efforts
Après son accablante et funèbre journée,
Il put enfin pleurer, l’œuvre étant terminée.

Ô Maître ! mon amour est mort ce matin-ci.
Rentrant mon désespoir en moi, j’ai fait aussi