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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/22

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Je sens que je suis seul dans les bruits de la rue.
Rien ne me distrait plus des chers bonheurs passés :
Votre divine image à mes yeux apparue
Fait couler tous les pleurs en silence amassés.

Et voici que ma joue en est tout inondée,
Mais cette angoisse est douce et ce chagrin clément :
Je me sens revenir vers une ancienne idée
Qui sur toute douleur verse un apaisement.

C’est vrai, vous ne m’avez jamais dit un mot tendre,
Vos yeux sont restés clairs en regardant mes yeux,
Mais votre esprit si doux et qui sait tout comprendre
N’a-t-il pas eu pitié de mon cœur soucieux ?

Peut-être vous m’aimez sans vouloir me le dire,
Comme dans les romans qui nous parlent d’amour ;
Peut-être vous cachez sous votre pur sourire
Des pleurs que j’essuirai des lèvres quelque jour.

Ce sera par un soir d’hiver dans votre chambre,
La chambre rose et blanche où chantent vos oiseaux.
Obscur comme aujourd’hui le grand ciel de décembre
D’un humide brouillard voilera les carreaux.

La neige lentement tournoie et le vent pleure :
Je suis sous votre porte et je demeure en bas.
Ah ! si mon rêve est vrai, vienne vite cette heure
Où la neige en tombant ne m’attristera pas !


(La Vie inquiète)