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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/209

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JEAN RAMEAU.


PRIÈRE AU SOLEIL



Au nom de la Lumière, au nom du Ciel immense,
Au nom de l’astre jaune, Arcturus le charmeur,
Au nom de l’astre blanc, Sirius qui commence,
Au nom de l’astre rouge, Aldébaran qui meurt,

Ô Soleil, astre blond, Père ardent des neuf Terres,
Roi doré des cieux bleus qu’honorent les couchants,
Toi qu’escorte le chœur des globes tributaires
Et que suit l’œil pieux des fleurettes des champs ;

Toi le grand chevaucheur des plaines éclatantes,
Toi le pâtre qui vers quelque but redouté
Entraînes le troupeau des sphères haletantes,
Comme un bétail obscur beuglant vers la clarté ;

Toi le creuset géant où bout l’âme des mondes,
Toi le cœur formidable et ruisselant de jour
Qui propulses vers nous, par explosions blondes,
Toute la Vie, et tout l’Espoir, et tout l’Amour ;

Toi dont les flancs ignés pleins d’ouragans de joie
Épanchent, éperdus dans le spasme profond,
Au ciel, tout l’azur tiède où le globe se noie,
En nous, toute l’extase où notre cœur se fond ;

Soleil qui vois rougir comme des épousées
Les planètes vibrant sous ton baiser astral,
Toi que la Terre pleure, au soir, dans ses rosées,
Toi qu’elle fête, au jour, d’un salut auroral ;