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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/197

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JEANNE LOISEAU.


SUPRÊME SAGESSE




Ami, lorsque, pensif, et chargé de science,
Les pieds encor poudreux du chemin parcouru,
Sceptique, et détrompé par votre expérience,
               Vous m’êtes apparu ;

Je me suis dit, moi, faible, et l’âme si meurtrie :
Il connaît des secrets pleins d’âpre volupté,
Pouvant donner au cœur qui sanglote et qui prie
               L’impassibilité.

Il sait, lui qui fraya sa route inexplorée,
À travers des tombeaux, vers les siècles lointains,
La valeur véritable et l’essence ignorée
               Des bonheurs incertains.

Sans doute il guérira l’espoir qui reste encore,
Et qui fait tant souffrir, étant toujours déçu,
L’espoir, mal immortel, qui charme et qui dévore
               Le sein qui l’a conçu.

La résignation et l’ardeur de connaître,
Le spectacle évoqué des jours évanouis,
Ont calmé doucement dans le fond de son être
               Les désirs inouïs.

Il sonde le passé. Les vieilles pyramides
Ne sont plus à ses yeux que des témoins d’hier ;
Il voit à ses débuts sauvages et stupides
               L’homme, aujourd’hui si fier.