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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/180

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Pauvres yeux maintenant muets et sans couleur,
               Oh ! combien tristes les voilà,
               Élargissant dans l’au-delà
Le mystique secret de leur fixe pâleur !

Car la Mort n’éteint pas les yeux qu’elle a fermés :
               Ils se rouvrent dans l’infini,
               Mais leur éclat reste terni...
Peut-être du regret de ceux qu’ils ont aimés ;

Et dans le morne empire où vont les cœurs élus,
               Parmi l’espace inhabité,
               Remplis de vague éternité,
Ils nous voient, et c’est nous qui ne les voyons plus !


*
*       *


Tes yeux, ou seulement l’image de tes yeux,
                    Ô chère amante morte,
Il me semble qu’ainsi dans le lointain des cieux
               Un triste et doux rayon en sorte.

Astres pâlis, déteints, effacés, je les vois,
                    Je les rêve peut-être :
La nuit, on entend bien les morts avec des voix
               Que l’oreille croit reconnaître !

Tes yeux, ou seulement cette âme de tes yeux,
                    (Qu’importe que je rêve ?)
Mon cœur est comme un firmament silencieux
               Où leur reflet tremble et s’élève :

Ils sont là, toujours là, tendres languissamment,
                    Oh ! tendres et si tristes,
Tels qu’ils étaient, et plus semblables seulement
               À de très pâles améthystes ;