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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/166

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Des troupeaux, des cités, des pleurs, des cris joyeux ;
Elle eut l’amour ; elle eut ses arts, ses lois, ses dieux,
               Et, lentement, rentra dans l’ombre.

Depuis, rien ne sent plus son baiser jeune et chaud ;
La Terre qui vieillit la cherche encor là-haut :
Tout est nu. Mais, le soir, passe un globe éphémère,
Et l’on dirait, à voir sa forme errer sans bruit,
L’âme d’un enfant mort qui reviendrait la nuit
               Pour regarder dormir sa mère.





SUR UN BERCEAU




Enfant, pauvre petit qui tends tes deux poings roses,
Comme deux fleurs d’hiver sur la neige des draps,
Être vague qui ris et qui pleures sans causes,
Enfant, la vie est dure, et tu la connaîtras.

Dure et longue, la vie, hélas ! la vie humaine,
Et demain, dès l’aurore, il faudra marcher seul,
Pour faire, avant le soir, la grand-route qui mène
Des plis du berceau blanc vers les plis du linceul.

Debout ! Le jour a lui sur la côte escarpée :
L’or du soleil, dans les lointains, crépite et bout.
Va : c’est l’heure ; voici la cuirasse et l’épée,
Et souviens-toi d’aller sans faillir, jusqu’au bout !

Fausses vertus, lois sans raisons, devoirs factices,
Efface de ton cœur les mensonges dévots :
Cherche la vérité par-dessus nos justices ;
Crois en Dieu si tu peux, crois en toi si tu vaux.