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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/126

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Lorsque de nouvelles amours
Succèdent aux amours qui meurent,
Quelques restes flétris, toujours
Dans le fond de l’âme en demeurent.

Tout sourire contient des pleurs,
Si toute souffrance a des charmes ;
Près du jeune amour tout en fleurs
Meurt le vieil amour tout en larmes.


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LE CHAMP DE BATAILLE





Sous le ciel morne rampe une plaine âpre, chauve,
Et vierge du fécond déchirement des socs,
Où rien ne croit, hormis aux fissures des rocs
Quelques brins mal venus de bruyère ou de mauve.

Aux moindres bruits, un vol de corneilles se sauve.
La pierre ruinée, éparse en sombres blocs,
Témoigne qu’autrefois d’épouvantables chocs
Ont consacré l’horreur de cette lande fauve.

Qu’un jour un laboureur habile aux durs travaux
Vienne, attelle ses bœufs trapus, ses forts chevaux,
Et marche jusqu’au soir dans la glèbe qu’il fouille ;

Il heurte à chaque pas des restes de héros,
Javelots, boucliers, casques rongés de rouille...
Épouvanté de voir la grandeur de leurs os.


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