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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/125

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LOUIS LE LASSEUR DE RANZAY.


Les pâtres bruns, couchés au pied des saules frais,
Sifflent un air patois sous leurs amples bérets,
Tandis qu’aux bords le gai troupeau de chèvres grimpe.

Toute la berge exhale un parfum d’églantiers,
Et les femmes qu’on croise au détour des sentiers
Ont le rire à la bouche et des rieurs à leur guimpe.


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EN AVRIL




En avril, lorsque le printemps
En train de faire sa toilette
Farde les bourgeons éclatants
De poudre rose et violette,

Avez-vous vu, sous le couvert,
Pendre, avec un air d’agonie,
Au bout d’un jeune rameau vert
Une vieille feuille jaunie ?

Relique d’une autre saison,
Qu’au départ oublia l’automne,
Parmi la vive floraison
Sa pâleur mourante détonne.

L’arbre qu’elle orna l’an passé
S’épanouit, oublieux d’elle ;
Mais du vieux printemps effacé
Elle survit, témoin fidèle.