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Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/102

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


LA LOUVE




J’ai fait un rêve étrange et dont le souvenir
S’est gravé pour jamais dans mon âme troublée.
J’errais dans les débris d’une ville écroulée,
Lorsque vers moi je vis une femme venir.

Hélas ! je reconnus la fière inconsolée.
Nous tendîmes nos mains qui ne purent s’unir.
Et grave, elle passa, de longs crêpes voilée,
Levant au ciel son front que rien n’a pu ternir.

Épiant tous ses pas d’un œil sinistre et louche,
Avec ses deux petits, une louve farouche
La suivait lentement et hurlait dans la nuit.

J’eus peur. Mais en marchant, sous sa robe défaite,
La femme laissa luire une épée, et la bête,
Soudain épouvantée, en sanglotant s’enfuit.


(La Lyre d’airain)