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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Or, mes amis, en moins d’une heure,
Pour peu que I’on ait de l’esprit,
On conçoit bien que Jean qui pleure
N’est pas si gai que Jean qui rit.

Aux Français une tragédie
A-t-elle éprouvé quelque échec,
Vite d’une autre elle est suivie :
Le public la voit d’un œil sec,
L’auteur en vain la croit meilleure ;
On siffle… son rêve finit…
Dans la coulisse est Jean qui pleure,
Dans le parterre est Jean qui rit.

Jean-Jacques gronde et se démène
Contre les hommes et leurs mœurs ;
La gaieté de Jean La Fontaine
Épure et pénètre les cœurs ;
L’un avec ses grands mots nous leurre ;
De l’autre un rat nous convertit :
Nargue, morbleu, du Jean qui pleure !
Vive à jamais le Jean qui rit !

Jean, porteur d’eau de la Courtille,
Un soir se noya de chagrin ;
Un autre Jean, jeune et bon drille,
Tomba mort-ivre un beau matin ;
Et sur leur funèbre demeure
On grava, dit-on, cet écrit :
« Le ciel fit l’eau pour Jean qui pleure,
Et fit le vin pour Jean qui rit. »

Auprès d’un vieux millionnaire
Qui va dicter son testament,