Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/318

Cette page a été validée par deux contributeurs.
294
ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

             Et l’ironique diadème
Pesait plus douloureux au front du moribond,
Et Jésus, souriant d’un sourire suprême,
            Dit à la fauvette : « À quoi bon ?.…

« À quoi bon te rougir aux blessures divines ?
Aux clous du saint gibet à quoi bon t’écorcher ?
Il est, petit oiseau, des maux et des épines
Que du front et du cœur on ne peut arracher.

            « La tempête qui m’environne
            Jette au vent ta plume et ta voix,
Et ton stérile effort au poids de ma couronne,
Sans même l’effeuiller, ajoute un nouveau poids. »

La fauvette comprit, et, déployant son aile,
Au perchoir épineux déchirée à moitié,
Dans son nid, que berçait la branche maternelle,
Courut ensevelir ses chants et sa pitié.

Oh ! non, je n’irai pas, sous son toit solitaire,
Troubler ce juste en pleurs par le bruit de mes pas ;
Car il est, voyez-vous, de grands deuils sur la terre
Devant qui l’amitié doit prier et se taire :
           Oh ! non, je n’irai pas.



______