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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.



LE SYLPHE




Laile ternie et de rosée humide,
Sylphe inconnu, parmi les fleurs couché,
Sous une feuille, invisible et timide,
                 J’aime à rester caché.

Le vent du soir me berce dans les roses ;
Mais quand la nuit abandonne les cieux,
Au jour ardent mes paupières sont closes :
               Le jour blesse mes yeux.

Pauvre lutin, papillon éphémère,
Ma vie à moi, c’est mon obscurité.
Moi, bien souvent, je dis : c’est le mystère
               Qui fait la volupté.

Et je m’endors dans les palais magiques,
Que ma baguette élève au fond des bois,
Et dans l’azur des pâles véroniques
                Je laisse errer mes doigts.

Quand tout à coup l’éclatante fanfare
À mon oreille annonce le chasseur,
Dans les rameaux mon faible vol s’égare,
                Et je tremble de peur.

Mais si parfois, jeune, rêveuse et belle,
Vient une femme à l’heure où le jour fuit,
Avec la brise, amoureux, autour d’elle
                 Je voltige sans bruit,