Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/207

Cette page a été validée par deux contributeurs.
185
VICTOR HUGO.


Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
Ému par ce superbe et tranquille horizon,
Examiner en moi les vérités profondes
Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

Maintenant, ô mon Dieu ! que j’ai ce calme sombre
                     De pouvoir désormais
Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l’ombre
                     Elle dort pour jamais ;

Maintenant qu’attendri par ces divins spectacles,
Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,
Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,
Je reprends ma raison devant l’immensité ;

Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;
                     Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire
                     Que vous avez brisé ;

Je viens à vous. Seigneur ! confessant que vous êtes
Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !
Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,
Et que lhomme n’est rien qu’un jonc qui tremble au vent ;

Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme
                     Ouvre le firmament,
Et que ce qu’ici-bas nous prenons pour le terme
                     Est le commencement ;

Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,
Possédez l’infini, le réel, l’absolu ;
Je conviens qu’il est bon, je conviens qu’il est juste
Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l’a voulu !