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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.



AUX RUINES DE LA GRÈCE PAÏENNE




Ô sommets de Taygète, ô rives du Pénée,
De la sombre Tempé vallons silencieux,
Ô campagnes d’Athène, ô Grèce infortunée,
Où sont pour t’affranchir tes guerriers et tes Dieux ?

Doux pays, que de fois ma muse en espérance
Se plut à voyager sous ton ciel toujours pur !
De ta paisible mer, où Vénus prit naissance,
Tantôt du haut des monts je contemplais l’azur,
Tantôt, cachant au jour ma tête ensevelie
           Sous tes bosquets hospitaliers,
J’arrêtais vers le soir, dans un bois d’oliviers,
           Un vieux pâtre de Thessalie.

« Des Dieux de ce vallon contez-moi les secrets,
Berger, quelle déesse habite ces fontaines ?
Voyez-vous quelquefois les nymphes des forêts
           Entr’ouvrir l’écorce des chênes ?
Bacchus vient-il encor féconder vos coteaux ?
Ce gazon que rougit le sang d’un sacrifice,
Est-ce un autel aux dieux des champs et des troupeaux,
           Est-ce le tombeau d’Eurydice ? »
Mais le pâtre répond par ses gémissements !
C’est sa fille au cercueil qui dort sous ces bruyères ;
Ce sang qui fume encor, c’est celui de ses frères
           Égorgés par les Musulmans.

Ô sommets de Taygète, ô rives du Pénée,
De la sombre Tempé vallons silencieux,