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Dieu, le Dieu de Sidrach, de Misach et d'Abdénago, qui a envoyé son ange, et a délivré ses serviteurs qui ont cru en lui, qui ont résisté au commandement du roi, et qui ont abandonné leurs corps pour ne point se rendre esclaves, et pour n'adorer aucun autre dieu que le seul Dieu qu'ils adorent.

29 Voici donc l'ordonnance que je fais : Que tout homme, de quelque peuple, de quelque tribu et de quelque langue qu'il puisse être, qui aura proféré un blasphème contre le Dieu de Sidrach, de Misach et d'Abdénago, périsse, et que sa maison soit détruite ; parce qu'il n'y a point d'autre dieu qui puisse sauver que celui-là.

30 Alors le roi éleva en dignité Sidrach, Misach et Abdénago dans la province de Babylone.

31 Le roi Nabuchodonosor : à tous les peuples et à toutes les nations, quelque langue qu'elles parlent dans toute la terre. Que la paix s'établisse en vous de plus en plus !

32 Le Dieu très-haut a fait des prodiges et des merveilles dans mon royaume.

33 J'ai donc résolu de publier ses prodiges, parce qu'ils sont grands, et ses merveilles, parce qu'elles sont étonnantes ; car son royaume est un royaume éternel, et sa puissance s'étend dans la suite de tous les siècles.



MOI, Nabuchodonosor, étant en paix dans ma maison, et plein de gloire dans mon palais,

2 j'ai vu un songe qui m'a effrayé ; et étant dans mon lit, mes pensées, et les images qui se présentaient à mon imagination, m'épouvantèrent.

3 C'est pourquoi je publiai une ordonnance pour faire venir devant moi tous les sages de Babylone, afin qu'ils me donnassent l'explication de mon songe.

4 Alors les devins, les mages, les Chaldéens et les augures étant venus devant moi, je leur racontai mon songe, et ils ne purent me l'expliquer.

5 Enfin Daniel, notre collègue, parut devant nous, lui à qui j'ai donné le nom de Baltassar, selon le nom de mon dieu, et qui a dans lui-même l'esprit des dieux saints. Je lui racontai mon songe, et je lui dis :

6 Baltassar, prince des devins, comme je sais que vous avez dans vous l'esprit des dieux saints, et qu'il n'y a point de secret que vous ne puissiez pénétrer ; dites-moi ce que j'ai vu en songe, et donnez-m'en l'explication.

7 Voici ce qui m'a été représenté en vision lorsque j'étais dans mon lit : Il me semblait que je voyais au milieu de la terre un arbre qui était excessivement haut.

8 C'était un arbre grand et fort, dont la hauteur allait jusqu'au ciel, et qui paraissait s'étendre jusqu'aux extrémités du monde.

9 Ses feuilles étaient très-belles, et il était chargé de fruits capables de nourrir toutes sortes d'animaux : les bêtes privées et les bêtes sauvages habitaient dessous, les oiseaux du ciel demeuraient sur ses branches, et tout ce qui avait vie y trouvait de quoi se nourrir.

10 J'eus cette vision étant sur mon lit. Alors un des veillants et des saints descendit du ciel,

11 et cria d'une voix forte : Abattez l'arbre par le pied, coupez-en les branches, faites-en tomber les feuilles, et répandez-en les fruits ; que les bêtes qui étaient dessous s'enfuient, et que les oiseaux s'envolent de dessus ses branches.

12 Laissez-en néanmoins en terre la tige avec ses racines ; qu'il soit lié avec des chaînes de fer et d'airain parmi les herbes des champs ; qu'il soit mouillé de la rosée du ciel, et qu'il paisse avec les bêtes sauvages l'herbe de la terre.

13 Qu'on lui ôte son cœur d'homme, et qu'on lui donne un cœur de bête, et que sept temps se passent sur lui.

14 C'est ce qui a été ordonné par ceux qui veillent ; c'est la parole et la demande des saints, jusqu'à ce que les vivants connaissent que c'est le Très-Haut qui a la domination sur les royaumes des hommes, qui les donne à qui il lui plaît, et qui établit roi quand il veut le dernier d'entre tous les hommes.

15 Voilà le songe que j'ai eu, moi, Nabuchodonosor, roi. Hâtez-vous donc, Baltassar, de m'en donner l'explication : car tous les sages de mon royaume n'ont pu me l'interpréter : mais pour vous, vous le pouvez, parce que l'esprit des dieux saints est en vous.

16 Alors Daniel, surnommé Baltassar, commença à penser en lui-même sans rien dire, pendant près d'une heure, et les pensées qui lui venaient lui jetaient le trouble dans l'esprit. Mais le roi prenant la parole, lui dit : Baltassar, que ce songe ni l'interprétation que vous avez à lui donner ne vous troublent point. Baltassar lui répondit : Seigneur, que le songe retourne sur ceux qui vous haïssent, et son interprétation sur vos ennemis.

17 Vous avez vu un arbre qui était très-grand et très-fort, dont la hauteur allait jusqu'au ciel, qui semblait s'étendre sur toute la terre ;

18 ses branches étaient très-belles ; il était chargé de fruits, et tous y trouvaient de quoi se nourrir : les bêtes de la campagne habitaient dessous, et les oiseaux du ciel se retiraient sur ses branches.

19 Cet arbre, ô roi ! c'est vous-même qui êtes devenu si grand et si puissant :