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(ALEPH.) Comment le Seigneur a-t-il couvert de ténèbres dans sa fureur la fille de Sion ? Comment a-t-il fait tomber du ciel en terre la fille d’Israël qui était si éclatante ? Comment ne s’est-il point souvenu au jour de sa fureur de l’arche sainte qui est son marchepied ?

2 (Beth.) Le Seigneur a renversé tout ce qu’il y avait de beau dans Jacob, et il n’a rien épargné : il a détruit dans sa fureur les remparts de la fille de Juda ; il les a jetés par terre ; il a profané son royaume et ses princes.

3 (Ghimel.) Il a brisé dans le transport de sa fureur toute la force d’Israël : il a retiré sa main droite de devant l’ennemi ; et il a allumé dans Jacob comme un feu dont la flamme dévorante a couru de toutes parts.

4 (Daleth.) Il a étendu son arc comme un ennemi ; il a affermi sa main droite comme un homme qui attaque ; il a tué tout ce qu’il y avait de beau dans la tente de la fille de Sion ; il a répandu sa colère comme un feu.

5 (Hé.) Le Seigneur est devenu comme un ennemi : il a renversé Israël : il a fait tomber toutes ses murailles ; il a détruit ses remparts ; et il a rempli d’humiliation les hommes et les femmes dans le sein de la fille de Juda.

6 (Vav.) Il a renversé sa propre tente comme un jardin qu’on détruit ; il a démoli son tabernacle : le Seigneur a fait oublier dans Sion les fêtes et les jours de sabbat ; il a livré les rois et les prêtres à l’opprobre et à l’indignation de sa fureur.

7 (Zaïn.) Le Seigneur a rejeté son autel ; il a donné sa malédiction à son sanctuaire : il a livré entre les mains des ennemis les murs de ses tours ; et ils ont jeté des cris en la maison du Seigneur, comme dans une fête solennelle.

8 (Cheth.) Le Seigneur a résolu d’abattre la muraille de la fille de Sion ; il a tendu son cordeau, et il n’a point retiré sa main que tout ne fût renversé : le boulevard est tombé d’une manière déplorable ; et le mur a été détruit de même.

9 (Teth.) Ses portes sont enfoncées dans la terre ; il en a rompu et brisé les barres : il a banni son roi et ses princes parmi les nations : il n’y a plus de loi, et ses prophètes n’ont point reçu de visions prophétiques du Seigneur.

10 (Jod.) Les vieillards de la fille de Sion se sont assis sur la terre, et demeurent dans le silence. Ils ont couvert leur tête de cendre ; ils se sont revêtus de cilices ; les vierges de Jérusalem tiennent leur tête baissée vers la terre.

11 (Caph.) Mes yeux se sont affaiblis à force de verser des larmes ; le trouble a saisi mes entrailles : mon cœur s’est répandu en terre en voyant la ruine de la fille de mon peuple, en voyant les petits enfants et ceux qui étaient à la mamelle tomber morts dans les places de la ville.

12 (Lamed.) Ils disaient à leurs mères, Où est le blé ? où est le vin ? lorsqu’ils tombaient dans les places de la ville comme s’ils eussent été blessés à mort, et qu’ils rendaient leurs âmes entre les bras de leurs mères.

13 (Mem.) A qui vous comparerai-je, ô fille de Jérusalem ? à qui dirai-je que vous ressemblez ? Où trouverai-je quelque chose d’égal à vos maux ? et comment vous consolerai-je, ô vierge fille de Sion ? Le débordement de vos maux est semblable à une mer : qui vous donnera quelque remède ?

14 (Noun.) Vos prophètes ont eu pour vous des visions fausses et extravagantes, et ils ne vous découvraient point votre iniquité pour vous exciter à la pénitence ; mais ils ont eu pour vous des rêveries pleines de mensonge, et ils ont vu, à ce qu’ils disaient, la fuite de vos ennemis.

15 (Samech.) Tous ceux qui passaient par le chemin ont frappé des mains en vous voyant. Ils ont siffle la fille de Jérusalem en branlant la tête, et disant : Est-ce là cette ville d’une beauté si parfaite, qui était la joie de toute la terre ?

16 (Phé.) Tous vos ennemis ont ouvert la bouche contre vous : ils ont sifflé, ils ont grincé les dents, et ils ont dit : Nous la dévorerons : voici ce jour que nous attendions ; nous l’avons trouvé, nous l’avons vu.

17 (Aïn.) Le Seigneur a fait ce qu’il avait résolu : il a accompli ce qu’il avait arrêté depuis longtemps : il vous a détruite sans vous épargner ; il vous a rendue un sujet de joie à vos ennemis, et il a relevé la force de ceux qui ne pensaient qu’à vous affliger.

18 (Tsadé.) Leur cœur a crié au Seigneur, sur les murailles de la fille de Sion : Faites couler de vos yeux jour et nuit un torrent de larmes ; ne vous donnez point de relâche, et que la prunelle de votre œil ne se taise point.

19 (Coph.) Levez-vous, louez le Seigneur dès le commencement des veilles de la nuit : répandez votre cœur comme de l’eau devant le Seigneur : élevez vos mains vers lui pour l’âme de vos petits enfants qui sont tombés morts de faim à tous les coins des rues.

20 (Resh.) Voyez, Seigneur ! et considérez quel est le peuple que vous avez ravage de cette sorte : est-il donc possible que les mères soient réduites à manger le fruit de leurs entrailles, à manger de petits enfants qui ne sont pas plus grands que la main ? Est-il possible que les prêtres et les prophètes soient tués dans le sanctuaire même du Seigneur ?

21 (Shin.) Les enfants et les vieillards