Page:Lemaître - ABC, 1921.djvu/54

Cette page n’a pas encore été corrigée


Or, un jour, un poète se promena dans une forêt où il y avait beaucoup de violettes qui embaumaient l’air délicieusement.

Grisé par ce parfum, il fit des vers en l’honneur de l’humble fleur des bois, et il les récita tout haut.

A ses pieds, une violette l’entendit. Elle crut qu’il ne parlait que pour elle, et de se savoir ainsi chantée par un poète, cela lui fit oublier toute modestie.

Elle allongea son cou derrière ses feuilles, tourna vaniteusement sa tête à gauche et à droite, et se mira avec complaisance dans une grosse goutte de rosée qui était restée pendue à un brin d’herbe.

« Ah ! disait-elle, que je suis jolie et que je sens bon ! Je dois être plus jolie que les autres fleurs, et mon parfum doit être plus agréable que tous les autres parfums de la forêt, puisque c’est sur moi seule que le poète a fait des vers. »

Mais à ce moment passa la vieille fée des bois qui est la surveillante des fleurs.

Avec sa baguette, elle donna une tape sur la joue de la violette.

« Petite impudente ! dit-elle, rentrez sous votre feuille, et pour vous punir de votre vanité, je vous enlève votre parfum. »

Violette fut désolée. Elle pleura tant, qu’une jeune fée, qui venait en promenade de ce côté, eut pitié d’elle.