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— C’est Mme d’Orsacq qui me suggère de fuir par la fenêtre. Elle craint que je ne rencontre quelqu’un qui me voie avec le paquet.

— Deuxième question : pourquoi emportez-vous la clef du coffre ?

— Par suite d’une erreur, d’un geste machinal de Mme d’Orsacq qui me la remet. De même, c’est par maladresse que je la laisse tomber sur la plate-bande. J’étais fort troublé. C’est ainsi qu’ayant pris sans raison ma casquette, je l’ai jetée stupidement sous un buisson.

— Troisième question : qu’aviez-vous prévu l’un et l’autre pour expliquer la disparition de ces titres ?

Mme d’Orsacq prenait tout sur elle. Ma femme et moi, nous devions partir au milieu de la semaine, avant certes que M. d’Orsacq eût songé à vérifier le contenu de son coffre. Aussitôt Mme d’Orsacq mettait son mari au courant, sans se soucier de ce qu’il dirait. Elle était résolue à tout pour réparer le préjudice qui m’avait été causé.

— Donc, à dix heures exactement, séparation entre elle et vous. Mme d’Orsacq remonte dans son boudoir, passe sans sa chambre. Une heure après, on l’y trouve morte.

— C’est là, dit Bernard, un drame qui s’est produit en dehors de moi. Je n’y ai pas plus contribué que les autres personnes qui en ont surpris le dénouement au haut de cet escalier.

— En êtes-vous bien sûr ?

L’interrogation de M. Rousselain devenait plus sèche, plus agressive. Christiane et Bernard sentaient la menace d’un danger proche.

— Absolument sûr, affirma Bernard.

— Cependant, vous êtes la dernière personne que Mme d’Orsacq ait vue. Entre dix heures et onze heures, il est matériellement impossible que quelqu’un ait pénétré dans son boudoir et dans la chambre, ramassé le stylet, et frappé. Comment ne pas admettre alors que le meurtre ait été commis à dix heures moins quelques minutes par l’individu qui s’enfuyait après par cette fenêtre avec son butin, c’est-à-dire avec les titres ?