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laquelle devait-on considérer comme la véritable ? Raoul observait en vain, car une troisième femme se superposait aux autres et les unissait dans une même vie intense et attendrissante qui était celle de Véronique. Tout au plus quelques gestes un peu trop nerveux, quelques expressions mal venues, montraient à des yeux avertis la femme sous l’héroïne, et révélaient un état d’âme spécial qui déformait imperceptiblement le rôle.

— Il doit y avoir du nouveau, songeait Raoul. Entre midi et trois heures, tantôt, il s’est produit un événement grave, qui l’a poussée soudain vers la poste, et dont les conséquences déforment parfois son jeu d’artiste. Elle y pense, elle s’inquiète. Et comment ne pas supposer que cet événement se rattache à Guillaume, à ce Guillaume qui a disparu tout à coup ?

Des ovations accueillirent la jeune fille lorsqu’elle salua le public, après le baisser du rideau, et une foule de curieux se massèrent aux abords de la sortie réservée aux artistes.

Devant la porte même, un landau fermé, à deux chevaux, stationnait. Le seul train qui permît d’arriver le matin à Pierrefitte-Nestalas, station la plus proche de Luz, partant à minuit cinquante, nul doute que la jeune fille n’allât directement à la gare après y avoir envoyé ses bagages. Lui-même, Raoul avait fait porter sa valise.

À minuit quinze, elle montait dans la voiture, qui s’ébranlait len-