Page:Leblanc - La demoiselle aux yeux verts, paru dans Le Journal, du 8 déc 1926 au 18 jan 1927.djvu/91

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Avant même qu’elle eût prononcé ce nom redoutable, Guillaume, profitant du désarroi, s’enfuyait par le jardin sans que Marescal s’occupât de lui. Le commissaire ne pensait qu’à la jeune fille, qui, chancelante, éperdue, trébucha jusqu’au milieu de la pièce, tandis qu’il lui arrachait son sac à main en disant :

— Ah ! coquine, rien ne peut plus vous sauver cette fois ! En pleine souricière, hein ?

Il fouillait le sac et grognait :

— Où sont-elles, vos lettres ? Du chantage maintenant ? Voilà où vous en êtes descendue, vous ! Quelle honte !

La jeune fille tomba sur un siège. Ne trouvant rien, il la brutalisa.

— Les lettres ! les lettres, tout de suite ! Où sont-elles ? Dans votre corsage ?

D’une main, il saisit l’étoffe qu’il déchira, avec un emportement rageur et des mots d’insulte jetés à la captive, et il avançait l’autre main pour chercher, quand il s’arrêta, stupéfait, les yeux écarquillés, en face d’une tête d’homme, d’un œil clignotant, d’une cigarette braquée au coin d’une bouche sarcastique.

— T’as du feu, Rodolphe ?

« T’as du feu, Rodolphe ? » La phrase ahurissante, déjà entendue à Paris, déjà lue sur son calepin secret !… Qu’est-ce que cela voulait dire ? et ce tutoiement insolite ? et cet œil clignotant ?…

— Qui êtes-vous ?… Qui êtes-vous ?… L’homme du rapide ? Le troisième complice ?… Est-ce possible ?