Page:Leblanc - La demoiselle aux yeux verts, paru dans Le Journal, du 8 déc 1926 au 18 jan 1927.djvu/77

Cette page a été validée par deux contributeurs.


— À merveille, se dit Raoul. Il aura dissimulé une automobile dans un chemin écarté qui borde le jardin à cet endroit. Ayant ensuite épié puis, un peu plus tard, capturé la demoiselle, il revient à son point d’arrivée et la laisse tomber, inerte et sans résistance, sur le siège de la voiture.

En approchant, Raoul constata qu’il ne se trompait pas. Une vaste auto découverte stationnait.

Le départ fut immédiat. Deux tours de manivelle… l’homme grimpa aux côtés de sa proie et démarra vivement.

Le sol était cahoteux, hérissé de pierres. Le moteur peinait et haletait. Raoul sauta, rejoignit aisément la voiture, enjamba la capote, et se coucha devant les places du fond, à l’abri d’un manteau qui pendait du siège. L’agresseur, ne s’étant pas retourné une seule fois dans le tumulte de cette mise en marche difficile, n’avait rien entendu.

On gagna le chemin extérieur aux murs, puis la grande route. Avant de virer, l’homme posa sur le cou de la jeune fille une main noueuse et puissante, et grogna :

— Si tu bronches, tu es perdue. Je te serre le gosier comme à l’autre… tu sais ce que ça veut dire… ?

Et il ajouta en ricanant :

— D’ailleurs, pas plus que moi, tu n’as envie de crier au secours, hein, petite ?

Des paysans, des promeneurs, suivaient la route. L’auto s’éloigna de Nice pour filer vers les montagnes. La victime ne broncha pas.

Comment Raoul n’eût-il pas tiré des faits ou des mots prononcés la signification logique qu’ils compor-