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qui masquait une anfractuosité assez profonde où une barque était attachée, s’agenouilla, déplaça quelques gros cailloux, et découvrit un alignement de quatre poignées de fer que terminaient quatre chaînes engagées dans des tuyaux de poterie.

— C’est là, tout à côté de la manivelle de l’écluse, dit-il. Les chaînes actionnent les plaques de fonte posées au fond.

Il tira l’une des poignées. Raoul en fit autant, et il eut l’impression immédiate que la commande se transmettait à l’autre bout de la chaîne et que la plaque avançait. Les deux autres épreuves réussirent également. Il y eut dans le lac, à quelque distance, une série de petits bouillonnements.

La montre de Raoul marquait neuf heures vingt-cinq. Aurélie était sauvée.

— Prête-moi ton fusil, dit Raoul. Ou plutôt, non. Tire toi-même… deux coups.

— Pour quoi faire ?

— C’est un signal.

— Un signal ?

— Oui. J’ai laissé Aurélie dans la grotte, laquelle est presque remplie d’eau et tu te rends compte de son épouvante. Alors, en la quittant, j’ai promis de l’avertir, par un moyen quelconque, dès qu’elle n’aurait plus rien à craindre.

Jodot fut stupéfait. L’audace de Raoul, cet aveu du danger que courait encore Aurélie le confondaient, et en même temps augmentaient à ses yeux le prestige de son ancien adversaire. Pas une seconde, il ne songea à profiter de la situa-