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— Tu n’as pas vu le testament du marquis ? Aurélie héritière de tout le domaine de Juvains… Alors qu’aurais-tu fait ? L’épouser peut-être ? Pour se marier, il faut être deux, mon garçon, et j’ai idée que le sieur Guillaume…

— Alors ?…

— Alors, mon petit, voilà ce qui se passera. Demain le lac de Juvains redeviendra comme avant, ni plus haut ni plus bas. Après-demain, pas plus tôt, puisque le marquis le leur a défendu, les bergers rappliquent. On trouve le marquis, mort d’une chute, dans un ravin du défilé, sans que personne puisse supposer qu’une main secourable lui a donné le petit coup qui fait perdre l’équilibre. Donc succession ouverte. Pas de testament, puisque c’est moi qui l’ai. Pas d’héritier, puisqu’il n’a aucune famille. En conséquence l’État s’empare légalement du domaine. Dans six mois, la vente. Nous achetons.

— Avec quel argent ?

— Six mois pour en trouver, ça suffit, dit Jodot, l’intonation sinistre. D’ailleurs, que vaut le domaine pour qui ne sait pas ?

— Et s’il y a des poursuites ?

— Contre qui ?

— Contre nous.

— À propos de quoi ?

— À propos de Limésy et d’Aurélie ?

— Limésy ? Aurélie ? Noyés, disparus, introuvables.

— Introuvables ! On les trouvera dans la grotte.

— Non, car nous y passerons demain matin, et, deux bons galets attachés aux jambes, ils iront au fond du lac. Ni vu ni connu.