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tons ce qui est inévitable. Je ne crains pas la mort avec vous. Mais je veux qu’elle me surprenne dans vos bras… ma bouche sur votre bouche, Raoul. Jamais la vie ne nous donnera plus de bonheur.

Ses deux bras l’enlaçaient comme un collier qu’il ne pouvait plus détacher. Peu à peu, elle avançait la tête vers lui.

Il résistait cependant. Baiser cette bouche qui s’offrait, c’était consentir à la défaite, et, comme elle disait, se résigner à l’inévitable. Et il ne voulait pas. Toute sa nature s’insurgeait contre une telle lâcheté. Mais Aurélie le suppliait, et balbutiait les mots qui désarment et affaiblissent.

— Je vous aime… ne refusez pas ce qui doit être… je vous aime… je vous aime…

Leurs lèvres se joignirent. Il goûta l’ivresse d’un baiser où il y avait toute l’ardeur de la vie et l’affreuse volupté de la mort. La nuit les enveloppa, plus rapide, semblait-il, depuis qu’ils s’abandonnaient à la torpeur délicieuse de la caresse. L’eau montait…

Défaillance passagère à laquelle Raoul s’arracha brutalement. L’idée que cet être charmant, et qu’il avait tant de fois sauvé, allait connaître l’épouvantable martyre de l’eau qui vous pénètre, et qui vous étouffe, et qui vous tue, cette idée le secoua d’horreur.

— Non, non, s’écria-t-il… Cela ne sera pas… La mort pour vous ?… non… je saurai empêcher une telle ignominie.

Elle voulut le retenir. Il lui saisit les poignets, et elle suppliait d’une voix lamentable :