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quer, et, dès ce matin, nos adversaires étaient prêts.

» S’ils ne nous ont pas accueillis à coups de feu quand nous traversions le défilé, c’est que des bergers rôdaient sur le plateau. D’ailleurs, pourquoi se presser ? Il était évident que nous attendrions Talençay, sur la foi de sa carte de visite et des quelques mots que l’un des deux complices y a griffonnés. Et c’est ici qu’ils nous ont tendu leur embûche. À peine avions-nous franchi le défilé que les lourdes écluses étaient fermées, et que le niveau du lac grossi par les deux cascades, commençait à s’élever, sans qu’il nous fût possible de nous en apercevoir avant quatre ou cinq heures. Mais alors les bergers retournaient au village, et le lac devenait le plus désert et le plus magnifique des champs de tir. La barque étant coulée et les balles interdisant toute sortie aux assiégés, impossible de prendre la fuite. Et voilà comment Raoul de Limésy s’est laissé rouler comme un vulgaire Marescal.

Tout cela fut dit sur un ton de badinage nonchalant, par un homme qui se divertit le premier du bon tour qui lui est joué. Aurélie avait presque envie de rire.

Il alluma une cigarette et tendit, au bout de ses doigts, l’allumette qui flambait.

Deux détonations, sur le plateau. Puis, immédiatement, une troisième et une quatrième. Mais les coups ne portaient pas.