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— Dans un placard, il y a un coffre secret. Dans ce coffre, une cassette. Dans cette cassette, de jolies lettres féminines, nouées avec des rubans de couleur. De quoi compromettre deux douzaines de femmes du monde et d’actrices dont la passion pour le beau Marescal s’exprime sans la moindre retenue. Dois-je citer ? La femme du procureur B…, Mlle X… de la Comédie-Française… et surtout, surtout la digne épouse, un peu mûre, mais encore présentable de…

— Tais-toi, misérable !

— Le misérable, dit Raoul paisiblement, c’est celui qui se sert de son physique avantageux pour obtenir protection et avancement.

L’allure louche, la tête basse, Marescal fit deux ou trois fois le tour de la pièce, puis il revint près de Raoul et lui dit :

— Combien ?

— Combien, quoi ?

— Quel prix veux-tu de ces lettres ?

— Trente deniers, comme Judas.

— Pas de bêtises. Combien !

— Trente millions.

Marescal frémissait d’impatience et de colère. Raoul lui dit en riant :

— Te fais pas de bile, Rodolphe. Je suis bon garçon et tu m’es sympathique. Je ne te demande pas un sou de ta littérature comico-amoureuse. J’y tiens trop. Il y a là de quoi s’amuser pendant des mois. Mais j’exige…

— Quoi ?

— Que tu mettes bas les armes, Marescal. La tranquillité absolue