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quoi qu’il arrive, et quelle que soit la conduite de ton beau-père, ne l’accuse jamais. Défends-le, même si tu dois souffrir par lui, même s’il est coupable. J’ai porté son nom. »

Marescal protesta :

— Mais elle l’ignorait, le crime de Brégeac ! Et l’aurait-elle su, que ce crime n’a pas de rapports avec l’attaque du rapide. Brégeac ne pouvait donc pas y être mêlé !

— Si.

— Par qui ?

— Par Jodot…

— Qui le prouve ?

— Les confidences que m’a faites la mère de Guillaume, la veuve Ancivel que j’ai retrouvée à Paris, où elle demeure, et à qui j’ai payé fort cher une déclaration écrite de tout ce qu’elle sait du passé et du présent. Or son fils lui a dit que dans le compartiment du rapide, face à mademoiselle, près des deux frères morts, et son masque étant arraché, Jodot a juré, le poing tendu :

« Si tu souffles mot de l’affaire, Aurélie, si tu parles de moi, si je suis arrêté, je raconte le crime d’autrefois. C’est Brégeac qui a tué ton grand-père d’Asteux. » C’est cette menace, répétée depuis à Nice, qui a bouleversé Aurélie d’Asteux et l’a réduite au silence. Ai-je dit l’exacte vérité, mademoiselle ?

Elle murmura :

— L’exacte vérité.

— Donc, tu le vois, Marescal, l’objection tombe. Le silence de la victime, ce silence qui te laissait des soupçons, est au contraire une preuve en sa faveur. Pour la seconde fois, je te demande de la laisser partir.