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— Voilà qui est palpitant, se disait Raoul. Jodot tient la bouteille… c’est vrai, mais il ignore qu’on la convoite. Qui sera le plus malin des trois autres larrons ? S’il n’y avait pas Lupin, je parierais pour Marescal. Mais il y a Lupin.

Jodot s’arrêta. Brégeac en fit autant, et de même Marescal, dans sa barque. Et de même Raoul.

Jodot avait allongé sa poche, de manière que l’enfant fût à l’aise, et, assis sur un banc, il examinait la bouteille, l’agitait et la faisait miroiter au soleil.

C’était le moment d’agir pour Brégeac. Ainsi pensa-t-il, et, très doucement, il approcha.

Il avait ouvert un parasol et le tenait comme un bouclier, dont il s’abritait le visage. Sur son bateau Marescal disparaissait sous un vaste chapeau de paille.

Lorsque Brégeac fut à trois pas du banc, il ferma son parasol, bondit, sans se soucier des promeneurs, agrippa la bouteille, et prit la fuite par une avenue qui le ramenait du côté des fortifications.

Ce fut proprement exécuté et avec une admirable promptitude. Ahuri, Jodot hésita, cria, saisit sa poche, la redéposa comme s’il eût craint de ne pouvoir courir assez vite avec ce fardeau… bref, fut mis hors de cause.

Mais Marescal, prévoyant l’agression, avait atterri et s’était élancé, Raoul en fit autant. Il n’y avait plus que trois compétiteurs.

Brégeac, tel un bon champion, ne pensait qu’à courir et ne se retour-