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consiste très souvent à ne pas agir. L’atmosphère est moins épaisse. Ma vision des êtres et des événements se précise et se fortifie. Si le fait nouveau manque encore, je suis au cœur même de la place. À la veille d’un combat qui s’annonce violent, alors que tous les ennemis mortels vont s’affronter, les nécessités du combat et le besoin de trouver des armes plus efficaces amèneront certainement le choc inattendu d’où jailliront des étincelles.

Il en jaillit une plus tôt que Raoul ne pensait et qui éclaira un côté des ténèbres où il ne croyait pas que pût se produire quelque chose d’important. Un matin, le front collé aux vitres, et les yeux fixés sur les fenêtres de Brégeac, il revit, sous son accoutrement de chiffonnier, le complice Jodot. Jodot, cette fois, portait sur l’épaule une poche de toile où il jetait son butin. Il la déposa contre le mur même de la maison, s’assit sur le trottoir et se mit à manger, tout en farfouillant dans la plus proche des boîtes. Le geste semblait machinal, mais au bout d’un instant, Raoul discerna aisément que l’homme n’attirait à lui que les enveloppes froissées et les lettres déchirées. Il y jetait un coup d’œil distrait, puis continuait son tri, sans aucun doute, la correspondance de Brégeac l’intéressait.

Après un quart d’heure, il rechargea sa poche et s’en alla. Raoul le suivit jusqu’à Montmartre où Jodot tenait une boutique de friperie.

Il revint trois jours de suite, et chaque fois, il recommençait exactement la même opération équivo-