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Elle protesta :

— Quelle idée ! Je vous raconte seulement le souvenir que les initiales de votre chapeau évoquent en moi tout à fait stupidement. Et je me dis, tout aussi stupidement, que votre joli nom de Raoul de Limézy ressemble beaucoup à un certain nom de Raoul d’Andrésy qu’Arsène Lupin a porté également.

— Excellentes réponses, mademoiselle ! Mais, si j’avais l’honneur d’être Arsène Lupin, croyez-moi, je ne jouerais pas le rôle un peu niais que je tiens en face de vous. Avec quelle maîtrise vous vous moquez de l’innocent Limézy !

Elle lui tendit sa boîte.

— Un chocolat, monsieur, pour compenser votre défaite, et laissez-moi dormir.

— Mais, implora-t-il, notre conversation n’en restera pas là ?

— Non, dit-elle. Si l’innocent Limézy ne m’intéresse pas, par contre les gens qui portent un autre nom que le leur m’intriguent toujours. Quelles sont leurs raisons ? Pourquoi se déguisent-ils ? Curiosité un peu perverse…

— Curiosité que peut se permettre une Bakefield, dit-il assez lourdement.

Et il ajouta :

— Comme vous le voyez, mademoiselle, moi aussi je connais votre nom.

— Et l’employé de Cook aussi, dit-elle en riant.

— Allons, fit Raoul, je suis battu. Je prendrai ma revanche à la première occasion.

— L’occasion se présente surtout quand on ne la cherche pas, conclut l’Anglaise.