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— Tout à fait juste… l’homme du rapide, l’homme de la terrasse… et aussi l’homme de Monte-Carlo, et l’homme du boulevard Haussmann, et l’assassin des deux frères Loubeaux et le complice d’Aurélie, et le nautonier de la barque, et le paysan de la charrette. Hein, mon vieux Marescal, ça t’en fait des guerriers à combattre, et tous de taille, j’ose le dire.

La bique avait fini ses pétarades et s’était relevée. Petit à petit, Raoul ôtait sa limousine dont il réussit à envelopper le commissaire, immobilisant ainsi les bras et les jambes. Il repoussa la charrette, attira les sangles et les rênes du harnachement et ligota solidement Marescal qu’il remonta ensuite hors du fossé et jucha sur un haut talus, parmi d’épais taillis. Deux courroies restaient, à l’aide desquelles il fixa le buste et le cou au tronc d’un bouleau.

— T’as pas de chance avec moi, mon vieux Rodolphe. Cela fait deux fois que je t’entortille, tel un pharaon. Ah ! que je n’oublie pas, comme bâillon, le foulard d’Aurélie ! Ne pas crier et n’être pas vu, telle est la règle du parfait captif. Mais tu peux regarder de tous tes yeux, et de même écouter de toutes tes oreilles. Tiens, entends-tu le train qui siffle ? Teuf… teuf… teuf… il s’éloigne et avec lui la douce Aurélie et son beau-père. Car il faut que je te rassure. Elle est aussi vivante que toi et moi, Aurélie. Un peu lasse, peut-être, après tant d’émotions ! Mais une bonne nuit, et il n’y paraîtra plus.