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ble !… Si cet imbécile-là l’avait laissée… j’aurais… j’aurais…

Ils s’en allèrent par le bois. Marescal cheminait, comme s’il eût suivi un convoi. À diverses reprises, ses compagnons l’interrogèrent. C’étaient des individus peu recommandables, qu’il avait racolés pour son expédition, en dehors de son service, et auxquels il n’avait donné que des renseignements sommaires. Il ne leur répondit pas. Il songeait à Aurélie, si gracieuse, si vivante, et qu’il aimait si passionnément. Des souvenirs le troublaient, compliqués de remords et de frayeurs.

En outre, il n’avait pas la conscience bien tranquille. L’enquête imminente pouvait l’atteindre, lui, et, par suite, lui attribuer une part dans le tragique accident. En ce cas, c’était l’effondrement, le scandale. Brégeac serait impitoyable et poursuivrait sa vengeance jusqu’au bout.

Bientôt il ne songea plus qu’à s’en aller et à quitter le pays le plus discrètement possible. Il fit peur à ses acolytes. Un danger commun les menaçait, disait-il, et leur sécurité exigeait qu’on se dispersât, et que chacun veillât à son propre salut, avant que l’alarme fût donnée et leur présence signalée. Il leur remit le double de la somme convenue, évita les maisons de Luz, et prit la route de Pierrefitte-Nestalas avec l’espoir de trouver une voiture qui l’emmènerait en gare pour le train de sept heures du soir.

Ce n’est qu’à trois kilomètres de Luz qu’il fut dépassé par une petite charrette à deux roues, couverte