Page:Leblanc - La demoiselle aux yeux verts, paru dans Le Journal, du 8 déc 1926 au 18 jan 1927.djvu/124

Cette page a été validée par deux contributeurs.


regarder, se dessinât parfois un sourire. Lui-même, du reste, il voulait oublier et se leurrer.

Il vécut ainsi deux semaines d’une allégresse profonde qu’il s’efforçait de dissimuler. Il subissait le vertige de ces heures où l’amour vous jette dans l’ivresse et vous rend insensible à tout ce qui n’est pas la joie de contempler et d’entendre. Il refusait d’évoquer les images menaçantes de Marescal, de Guillaume ou de Jodot. Si aucun des trois ennemis n’apparaissait, c’est qu’ils avaient perdu, certainement, les traces de leur victime. Pourquoi, dès lors, ne pas s’abandonner à la torpeur délicieuse qu’il éprouvait auprès de la jeune fille ?

Le réveil fut brutal. Un après-midi, penchés entre les feuillages qui dominaient le ravin, ils entrevoyaient au-dessous d’eux le miroir de l’étang, presque immobile au milieu, soulevé sur les bords par de petites vagues hâtives qui glissaient vers l’issue étroite où s’engouffrait le gave, lorsqu’une voix lointaine cria dans le jardin :

— Aurélie !… Aurélie !… Où est-elle, Aurélie ?

— Mon Dieu ! dit la jeune fille tout inquiète, pourquoi m’appelle-t-on ?

Elle courut au sommet des terrasses et aperçut une des religieuses dans l’allée des tilleuls.

— Me voilà !… Me voilà ! Qu’y a-t-il donc, ma sœur ?

— Un télégramme, Aurélie.

— Un télégramme ! Ne vous donnez pas la peine, ma sœur. Je vous rejoins.