Page:Leblanc - La demoiselle aux yeux verts, paru dans Le Journal, du 8 déc 1926 au 18 jan 1927.djvu/110

Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Oui, dit-il, mais je serai là demain, à la même heure, et je vous attendrai tous les jours. Nous avons à causer. Oh ! de rien qui puisse vous être douloureux et vous rappeler le cauchemar de l’affreuse nuit. Là-dessus le silence. Je n’ai pas besoin de savoir, et la vérité sortira peu à peu de l’ombre. Mais il est d’autres points, des questions que je vous poserai et auxquelles il faudra me répondre. Voilà ce que je voulais vous dire aujourd’hui, pas davantage. Maintenant vous pouvez partir. Vous réfléchirez, n’est-ce pas ? Mais n’ayez plus d’inquiétude. Habituez-vous à cette idée que je suis toujours là et qu’il ne faut jamais désespérer parce que je serai toujours là, à l’instant du péril.

Elle partit sans un mot, sans un signe de tête. Raoul l’observa, qui descendait les terrasses et gagnait l’allée des tilleuls. Quand il ne la vit plus, il ramassa quelques-unes des fleurs qu’elle avait laissées, et, s’apercevant de son geste inconscient, il plaisanta :

— Bigre !… ça devient sérieux. Est-ce que… Voyons, voyons, mon vieux Lupin, rebiffe-toi.

Il reprit le chemin de la brèche, traversa de nouveau l’étang et se promena dans la forêt, en jetant les fleurs une à une, comme s’il n’y tenait point. Mais l’image de la demoiselle aux yeux verts ne quittait pas ses yeux.

Il remonta sur la terrasse le lendemain. Aurélie n’y vint pas, et non plus les deux jours qui suivirent. Mais le quatrième jour, elle écarta