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— Ensuite, dit Valthex, ma maîtresse me rejoindra. Dans une heure, j’exige qu’elle soit chez moi, à l’adresse que je vais lui donner.

— Ta maîtresse ?

— Celle-ci, dit Valthex en montrant la jeune femme.

Raoul avait pâli. Il scanda :

— Tu as donc toujours la prétention ?… Tu espères donc ?

— Je n’espère pas, dit Valthex en s’échauffant. Je veux. Je réclame celle qui est à moi. Celle dont je fus l’amant… et que tu m’as volée.

Il n’acheva pas, tellement l’expression de Raoul devenait terrible. Sa main ébaucha un geste du côté de sa poche à revolver.

Ils se défièrent du regard, rivaux acharnés. Et soudain Raoul, sautant sur place, lui jeta dans les jambes, à hauteur de la cheville, deux coups de semelle puis l’agrippa aux bras, de ses mains implacables.

L’autre fléchit de douleur, n’eut pas la force de résister et fut renversé sous le choc.

— Raoul ! Raoul ! cria la jeune femme, en se précipitant vers lui… Non, je t’en prie… ne vous battez pas…

La fureur de Raoul était telle qu’il rouait l’ennemi de coups, inutilement, sans autre raison que de le châtier. Les explications, les menaces de Valthex, rien ne comptait plus pour lui. Il tenait un homme qui lui disputait Clara, qui avait été son amant, s’en vantait, et se réclamait encore du passé. Et ce passé, il semblait à Raoul que des coups de poing et des coups de pied l’anéantissaient.

— Non, non, Raoul, je t’en supplie, gémissait Clara ; non, laisse-le. Qu’il s’en aille, ne le livre pas à la justice. Je t’en supplie… à cause de mon père… Non… Qu’il s’en aille.

Raoul ripostait, tout en frappant :

— Ne t’inquiète pas, Clara. Il ne dira rien contre le marquis. Toute cette histoire, est-ce vrai, d’abord ? Et puis quand même, il ne parlera pas… ce n’est pas son intérêt.