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Il serait fastidieux de rappeler les détails d’une enquête pour laquelle, à l’époque, tout le monde se passionna. Enquête inutile d’ailleurs, et rapidement terminée. Les magistrats et les policiers qui la conduisirent se heurtèrent dès le début à une porte close, contre laquelle tous leurs efforts furent vains. Tous ils eurent l’impression profonde qu’il n’y avait rien à faire. Un crime, un vol. Voilà tout.

Car le crime était indiscutable. On ne retrouva certes ni arme, ni projectile, ni assassin. Mais quant à nier le crime, personne n’y songea. Sur quarante-deux assistants, cinq affirmèrent avoir vu une lueur, quelque part, sans que les cinq affirmations concordassent sur l’emplacement et sur la direction de cette lueur. Les trente-sept autres n’avaient rien vu. De même trois personnes prétendirent avoir entendu le bruit sourd d’une détonation tandis que les trente-neuf autres n’avaient rien entendu.

En tout cas, le fait même du crime demeurait en dehors de toute discussion puisqu’il y avait eu blessure. Et blessure terrible, effroyable, la blessure qu’eût provoquée au sommet de l’épaule gauche, juste au bas du cou, une balle monstrueuse. Une balle ? Mais il eût fallu que le meurtrier fût perché dans les ruines, à un endroit plus élevé que la chanteuse, et que cette balle eût pénétré profondément dans la chair et eût causé des ravages internes, ce qui n’était point.

On eût dit plutôt que la plaie, d’où le sang s’était épanché, avait été creusée par un instrument contondant, marteau ou casse-tête. Mais qui avait manié ce marteau ou ce casse-tête ? et comment un tel geste avait-il pu rester invisible ?

Et, d’autre part, qu’étaient devenus les colliers ? S’il y avait eu crime et s’il y avait eu vol, qui avait commis l’un et l’autre ? Et quel miracle avait permis à l’agresseur de s’é-