Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/98

Cette page a été validée par deux contributeurs.

Parmi ces bonheurs, le plus apprécié, c’était la réception, c’était la lecture d’une lettre. Cette fois encore, ils poussèrent leur camarade sous un petit abri réservé à leurs séances de manille ou de dominos, et ils l’entourèrent.

— Vite, Le Goff, lis-nous ça. Eh bien, quoi, pourrais-tu pas te dépêcher ?

Certes, ils savaient bien que cette lettre était semblable à toutes les lettres précédentes. Il ne pouvait rien y avoir de nouveau dans la vie de la mère Le Goff, brave paysanne dont tout l’horizon se bornait aux quelques arpents de sa ferme. Les mêmes événements se répétaient aux mêmes jours et aux mêmes heures. Cependant, ces événements, ils ne se lassaient pas d’en écouter l’invariable récit.

« On a semé l’avoine avec ta sœur Jacqueline, lisait Le Goff. L’oncle Jean avait fait le labour. C’est Lolotte qui tenait la jument pour herser. Tu vois, tout le monde s’y met et on s’en tire à peu près. Y a que la jument qui traine la jambe. Et puis la vache brune donne pas son compte de lait. Mais on se rattrape sur la vente des pommes qui fournissent bien cette année… »

— Je te l’avais dit, Le Goff, interrompit Gréaume.

— Vas-tu clore ton bec ! cria Mérillot. Écoute donc la mère.

Et la mère continuait :

— « Dans le village, toujours des deuils. le fils Marcou, tu sais, Pierre Marcou, le cadet du briquetier, eh bien ! il a été tué aussi. Ça fait cinq dans la paroisse. M. le curé dit une messe chaque jour pour ceux de la guerre. Et ça fait cinq cierges qui brûlent.

— Cinq cierges… murmura Lagache.