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menti pour me tromper moi-même, même à l’heure actuelle.

Si je l’ai dédaignée, ce n’est point par sacrifice, ni par affection, ni surtout par calcul… c’est que… oh ! je n’ose pas… c’est que… ma chair m’a trahi !

Quelle honte ! ma chair m’a trahi… j’ai compris mon impuissance… alors, pour la lui cacher, j’ai joué l’abnégation. Reviendra-t-elle, maintenant ? Et si elle revient ?… Oh ! je souffre !

Et puis, toutes ces combinaisons, cette dissection de mon âme, quel mensonge encore ! Mais l’unique, l’indiscutable vérité, c’est que je l’aime, cette femme. Son souvenir me brûle, me torture. S’analyser, quelle bêtise ! On est soi-même sa première dupe. Qu’y a-t-il de vrai dans toutes ces pages que j’ai noircies ? Est-ce que je sais ? Est-ce qu’on sait rien de soi, de sa propre pensée, de son être intime, des motifs de sa conduite ? Mieux vaut jouir hypocritement et s’abuser ! Ah ! mentir ! mentons toujours, mentons aux autres, mentons à nous-mêmes surtout et jusqu’au bout !

Le bonheur est dans le mensonge ! Oh ! je souffre, je souffre…


… Est-ce que je souffre réellement ?…