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tion générale.

La fève échut au fils de l’huissier, le jeune Antoine Vaugrain, que son père expédiait à Paris le lendemain même pour y faire son droit. Il rougit. On le pria de désigner une reine. Il choisit mademoiselle Amande. La bonne versa du champagne, et lorsque les deux jeunes gens burent, ce fut une poussée d’exclamations :

— Le roi boit… la reine boit…

Le nature réfractaire au rire, ils ne se troublèrent pas. Les assistants furent penauds.

Après le dîner, les messieurs fumèrent, puis, sur la table desservie, on organisa un trente-et-un. Armande, que la fumée, trop épaisse, incommodait, passa dans la pièce voisine et prit un ouvrage.

Quelques minutes après, le jeune Antoine la rejoignait. Il s’assit auprès d’elle. Ils ne causèrent point, longtemps. Elle, embarrassée, continuait à travailler. Lui, la gorge serrée d’émotion, rongeait ses ongles. Enfin il articula :

— Vous êtes ma reine…

Elle ne répliqua rien. À côté les facéties consacrées jaillissaient. Antoine recommença :

— Vous êtes ma reine, mademoiselle.

Il s’arrêta, puis, la voix tremblante :

— Ce n’est pas d’aujourd’hui,… non… voila trois ans que je vous aime…

Elle fut stupéfaite. Elle ne savait que répondre. Il répéta :

— Oh ! oui, voilà trois ans… j’ai voulu vous l’avouer avant mon départ… je suis