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lai chez elle, une inquiétude m’assombrissait.

Ils étaient là tous deux, lui sur son coussin vieil or, avec une faveur rose au cou, elle en déshabillé. Aussitôt, il dressa les oreilles. Geneviève me tendit ses bras nus, je les embrassai. Mais, du coin de l’œil, je le vis qui nous examinait. Je m’assis. Il s’allongea et ferma les paupières.

Ma préoccupation frappa Geneviève. Elle se plaignit :

— Eh bien, qu’avez-vous ? Vous ne m’aimez donc plus ?

Je m’approchai, je dénouai les rubans de son corsage et la caressai. Soudain, il sauta à terre, tourna autour de nous, puis, remontant sur son coussin, nous fixa stupidement.

Il n’y a pas de doute, il est jaloux de moi. Le malheureux !


… Il est là, toujours là. Il me gêne, m’énerve, me refroidit. Geneviève ne comprend pas, elle, et pleure. Parfois, secouée de désirs, elle m’étreint, prête à se livrer. Puis, je ne sais, quelque chose dans mes manières l’épouvante :

— Non, non, pas encore, je veux être sûre d’être aimée, et je doute…

C’est sa faute à lui, à ce chien damné. Ce qui la torture en moi vient de lui, de sa présence qui me trouble, de son regard qui m’embarrasse. Pourquoi me regarde-t-il ? Si je cause avec Geneviève, il dort. Si je la touche, il se réveille. Si je la saisis entre mes bras, à moitié nue, il s’agite, se campe, et ses grands yeux vides et bêtes s’accrochent à nous et me déconcertent.

Il est jaloux, c’est indiscutable, mais par quel motif ? De quel droit ? Est-ce que… ? Oh ! l’infâme soupçon !

Je deviens fou. Il me semble souvent