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CENT SOUS



Mon premier clerc introduisit un prêtre à cheveux gris, d’aspect commun et de visage sympathique. Il n’avait, malgré le froid, qu’une soutane, si usée, si luisante, que les flammes du feu y dansaient en miroitements vagues. Les rares poils dont son tricorne se hérissait étaient d’un roux sale. Il portait à la main un cabas en tapisserie.

Je le priai de s’asseoir et de m’exposer le but de sa visite. Il s’assit, et me dit d’une grosse voix timide :

— Je suis l’abbé Gallois… Gallois…

Il hésitait comme si ce nom eût dû me révéler quelque mystère. Et, en effet, je me souvins confusément d’une histoire de prêtre couvert de dettes, d’un scandale qu’avaient exploité les journaux de l’endroit.

Il continuait :

— Maintenant, je dessers la paroisse de la Haie-Aubrée, une bien pauvre commune, bien pauvre — il soupira en levant les yeux au plafond — et j’ai là une somme que je voudrais vous confier…

Stupéfait de cette conclusion, je répondis :

— C’est facile, je vous ferai un reçu.

Il m’interrompit brusquement :

— Pourrai-je prendre sur cette somme au fur et à mesure de mes besoins ?

— Évidemment, répartis-je.