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de toute sa pitié. Son devoir lui ordonnait de s’immoler, d’être celui qui guérit, ou du moins celui qui distrait quand la chair se crispe, celui qui simule le rire quand les larmes coulent.

Charitablement, il l’épousa.

Marié, il résolut de faire deux parts de son temps. Le jour, il gagnerait de quoi vivre. La nuit, il continuerait ses études.

Mais la douleur s’acharne après les proies qu’elle ronge. Autant que la vierge, la femme souffrit. L’œuvre de l’homme ne la soulageait pas. Sachant la vanité de son sacrifice, il se résigna. Il serait le compagnon, le refuge et le soutien.

Et les nuits et les jours passèrent. L’inexorable mal renaissait chaque mois, devançant même l’heure fixée. Il étendait ses ravages. D’autres troubles plus graves se manifestèrent.

Néanmoins, elle cachait sa torture. De son lit, par la porte ouverte, elle voyait l’ami courbé sur sa table. Et pour ne le pas déranger, elle étouffait les plaintes qui montaient à sa gorge.

Un soir, il la surprit, la tête enfouie dans l’oreiller, le corps secoué de sanglots. Quand elle tourna les yeux, elle rencontra les siens. Il se mit à genoux en pleurant.