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sieur. Je vous le révélerai, non par peur, mais parce qu’il est des fois dans la vie où cela est bon de se confesser.

Elle retira les vêtements qui la cachaient. Je réprimai un cri d’horreur.

Elle reprit, la voix âpre :

— Oui, n’est-ce pas, c’est affreux… au lieu de jambes, des moignons… une épaule plus haute que l’autre, et une bosse dans le dos… une naine, un monstre, voilà ce que je suis… Et là-dessus, ma tête, ma tête que l’on dit belle… que je sais belle.

Il m’eût été physiquement impossible de répondre. Elle continua :

— Vous ne comprenez pas, n’est-ce pas ? vous ne pouvez comprendre encore. Pourtant, écoutez, quelle douleur d’être belle et néanmoins d’être un objet de dégoût pour le monde !… Une laide est moins misérable. Personne ne la remarque. Mais, moi, de ce que mon visage est régulier et mes traits séduisants, tous