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DÉSIRÉE



En levant les yeux vers cette maison de la rue Lafayette, à l’une des trois fenêtres du premier étage, je rencontrai les siens, de grands yeux noirs, pleins de douceur et de tristesse. Tout de suite une gaieté les éclaira. Je m’arrêtai.

Dans l’encadrement de la croisée ouverte, sur le fond sombre de la chambre, la tête paraissait exquise avec ses cheveux blonds, le charme simple des traits réguliers et la fraîcheur des joues et de la bouche. Même une telle ingénuité s’en dégageait que je ne comprenais point l’insistance de ce regard attaché au mien.

Indécis, je m’éloignai, puis revins. Cette fois, sans que j’en puisse douter, l’expression du visage se fit provocante. Les lèvres s’entr’ouvraient en un sourire. Une sorte de défi rendait les yeux insolents. Et il me sembla distinguer le geste d’une main ébauchant un signe d’appel.

Je n’hésitai plus. En quelques secondes je gagnais l’autre trottoir, je passais près de la loge du concierge et j’atteignais le premier étage.

Là, je cherchai. Il n’y avait qu’une porte, et sur cette porte, ni sonnette, ni timbre. Que faire ? Je toussai, je frappai du pied, j’attendis. Personne ne vint. Il me fallut partir.

À peine dehors, j’examinai la fenêtre. Elle était close, les rideaux fermés, her-