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LA TRAHISON



Au moment de se rendre au théâtre, Louise dit à son mari :

— Veux tu me faire plaisir, Marcel ? Tu sortiras seul, je suis un peu fatiguée.

Il répugnait d’ordinaire a se séparer d’elle. Pourtant les places étaient retenues. Il s’en alla.

De méchante humeur, il trouva tout mauvais, la pièce, les artistes, son fauteuil. Au bout de deux actes il n’en pouvait plus. Il prit une voiture. Des souffles de printemps flottaient. L’envie lui vint de marcher. Il se fit descendre à la porte Maillot et continua son chemin vers sa demeure. Il avançait allègrement, heureux de surprendre Louise. Elle l’aimait tant !

Mais comme il entrait, doucement, chez lui, il aperçut, à l’extrémité du grand vestibule, une ombre d’homme qui disparaissait dans la salle à manger.

Il crut d’abord a quelque voleur, et, le premier effroi dominé, il courut à sa poursuite.

L’individu avait déjà gagné le jardin par le perron. Et ce qui stupéfia Marcel ce fut de voir, auprès d’une petite porte donnant sur une rue postérieure, Édouard, son domestique, qui attendait, une lanterne à la main.

Alors Marcel comprit la trahison de sa